23 février 1685, Halle - 14 avril 1759, Londres
A
l'inverse de ce qui se passe dans les familles de Bach et de Scarlatti, on
ne fait pas de musique chez les Haendel. Le père, d'origine modeste, travailleur
et ambitieux, désire que ce fils soit juriste. Mais Georg Friedrich aurait,
d'après son biographe John Mainwaring, apprit en cachette l'orgue et le violon.
Après avoir obtenu l'aval paternel, il reçoit l'autorisation d'aller étudier
la musique auprès de l'organiste de la paroisse Friedrich Wilhem Zachow (1663-1712).
Orphelin à douze ans, Haendel continue ses études au collège luthérien de
la ville, ainsi que l'enseignement de Zachow.
En 1702, âgé de 17 ans, sa carrière officielle débute réellement : il est
choisi par le conseil de l'église cathédrale de Halle pour succéder à Johann
Christoph Leporin, le titulaire de l'orgue, qui vient de mourir.
L'apprentissage du métier à Hambourg.
Quatorze mois plus tard, en juillet 1703, le jeune musicien se retrouve à
la tribune de l'orgue de Sainte-Marie-Madeleine à Hambourg. Haendel obtient
une place de violoniste à l'opéra, lui permettant de subvenir à ses besoins
les plus immédiats.
A Hambourg, il fait la connaissance d'un jeune musicien de quatre ans son
aîné, Johan Mattheson, auquel devait se lier une amitié durable. Mattheson
tient dès janvier 1705 le premier rôle de ténor dans l' Almira que
Haendel donne à l'opéra du Marché aux oies, (Haymarket). L'oeuvre donna lieu
à vingt-deux représentations, succès énorme pour un débutant. Le résultat
ne se fait pas attendre, et les commandes abondent.
Après une brouille avec le directeur de l'opéra, Reinhard Keiser, Haendel
part pour l'Italie.
Sur les scènes italiennes.
Âgé de vingt et un ans, c'est comme instrumentiste virtuose que Haendel
va d'abord se faire connaître à Rome, ensuite comme compositeur.
Entre Hanovre et Londres.
Arrivé à Hanovre en 1710, il y reçoit officiellement le 16 juillet, la charge
de maître de chapelle de l'Electeur de Brunswick. Ses honoraires seront cinq
fois plus élevés que ceux de Bach au même moment pour un poste équivalent
chez le duc de Saxe-Weimar ! Sa sécurité matérielle étant solidement assurée,
le musicien redouble d'audace pour soigner la progression de sa carrière.
A peine a-t-il passé quelques semaines auprès de Georg de Hanovre, que Haendel
lui demande un congé afin de pouvoir faire éditer des partitions à Londres.
Le 24 février 1711, c'est le triomphe de Rinaldo.
Après avoir passé quelques mois à nouveau à Hanovre, il arrive définitivement
à Londres en octobre 1712. Voulant devenir compositeur officiel, il fait comme
s'il l'était déjà : en janvier 1713, il adresse à la reine une première composition,
l'Ode pour l'anniversaire de la reine Anne; en mai, il récidive avec
un Te Deum pour la Paix d'Utrecht, achevé avant même que l'encre du
traité soit sèche. Impressionnée et ravie, la cour royale organise les auditions
publiques de ces œuvres. Le musicien a gagné, Londres fête son triomphe, et
la reine Anne lui donne une pension annuelle de 200 livres, nonobstant l'interdiction
toujours en vigueur d'employer des étrangers à la cour. Et pourtant, Haendel
est le compositeur officieux à la cour de Londres.
La reine Anne meurt en août 1714, et son successeur ne sera autre que son
parent de Hanovre qui monte sur le trône sous le nom de Georges Ier. Il double
la pension accordée jadis par la reine Anne, et Caroline ajoute une quote-part
de 200 livres pour la fonction de maître de musique des princesses royales.
Vers la gloire.
Lorsque Georges Ier retourne à Hanovre, en 1716, il emmène avec lui son compositeur,
qu'il laisse libre de son temps. De retour à Londres, le musicien sera maître
de chapelle chez le duc de Chandos pendant trois ans. De cette époque datent
les onze magnifiques Chandos Anthems, grands motets pour choeur, voix
de solistes, orgue et orchestre, puis trois Te Deum, la première version
de l'oratorio Esther, quelques concertos grossos, huit Suites
de pièces pour le clavecin et une tragédie " pastorale" en anglais.
Le roi, toutefois, ne laisse pas son compositeur s'adonner à l'écriture trop
longtemps, il le charge de monter une Royal Academy of Music, avec mission
d'engager chanteurs et musiciens, de pourvoir à tous les contrats, sans limitation
de prix pour les grandes voix, d'y faire donner des opéras, et de concurrencer
efficacement Haymarket.
L'établissement ouvre ses portes le 2 avril 1720 avec le Numitore de
l'italien Giovanni Porta, suivi d'une nouvelle partition de Haendel, Radamisto.
Le succès est immédiat, et Haendel obtiendra un privilège royal et fera imprimer
à compte d'auteur les 124 pages de son œuvre, qui aura en librairie un succès
identique à la pièce.
Les saisons suivantes accumuleront d'autres succès haendeliens, au nombre
desquels il faut notamment compter Tamerlo, Rodelinda, Admeto,
re di Tessalia. Dans le même temps, les opéras de Haendel sont à l'affiche
dans toute l'Allemagne.
Après la gloire, les défaites.
Dans les années 1730, Haendel couvre à peine les frais, et doit compléter
sa saison par des reprises d'oratorios. Pour s'exercer, il meuble les intermèdes
par de longues improvisations à l'orgue, instrument dont il était le maître
incontesté. Malgré tous ces efforts, les salles ne sont qu'à moitié pleines
et pour la rentrée de la saison 1735-1736, pour la première fois, le nom de
Haendel n'apparaît plus à l'affiche.
Tombé au plus bas, une fois encore, le compositeur va tout tenter pour
se redresser : son Alexander's Feast, créé en 1736, est un triomphe
et Haendel sensible à l'accueil du public, et reprend confiance. En 1737,
avant qu'il n'ait pu donner toute la mesure de son génie, Georg Friedrich
est condamné à l'inactivité par une attaque de paralysie brachiale.
La remontée des profondeurs.
Après une guérison due aux bains de vapeur à Aix-la Chapelle, il retourne
à Londres, et compose pour l'enterrement de la Reine Caroline son Funeral
Anthem (sur des textes de Jérémie "les Chemins de Sion sont en deuil".
En 1778, on érige un buste en son honneur dans le jardin - promenade de Vauxhall,
ce qui attise l'énergie du compositeur que les créanciers poursuivent toujours
pour les dettes de théâtre.
En mars 1743, création anglaise du Messie. Haendel en attendait beaucoup,
mais une cabale de dévots attise les haines, trouvant la fresque grandiloquente
et trop éloignée du demi-silence qu'exige la vraie prière.
Les innovations du "Messie".
En automne 1748 Haendel se consacre surtout à la préparation des festivités
qui doivent accompagner la paix d'Aix-la-Chapelle (signée le 7 octobre 1748)
et qui attendent le printemps, c'est-à-dire le 21 avril 1749, pour éclater
en fusées dans le ciel de Londres, devant des décors de bois signés par Servandoni.
La Royal Fireworks Music ( "Musique pour les feux d'artifice royaux"
) accompagne la cérémonie, suivie par douze mille londoniens. Elle fera partie
de toutes les fêtes avec feux d'artifice données à l'époque en Angleterre,
et constitue encore -avec l' "Hallelujah" du Messie - l'une
des pages les plus populaires du compositeur.
Dès 1750, Haendel commence à souffrir de plus en plus sérieusement de cécité,
comme son grand contemporain Bach, mort depuis peu. Durant l'été 1758, il
se rend à Tunbridge Wells où il consulte un "ophtamiatre" nommé John Taylor,
qui avait opéré Bach par deux fois à Leipzig en 1750. Ses résultats furent
aussi totalement nuls, comme avec Bach. Durant l'hiver 1758-59, Haendel éprouve
quelques malaises auxquels il ne prête pas attention, attendant sa fin patiemment.
Mais au soir d'un représentation du Messie, le 6 avril, ses domestiques le
retrouvent évanoui chez lui. Le musicien, mis au lit par les siens, ne se
relèvera plus. C'est le 14 avril 1759 que Georg Friedich Haendel meurt.
Quelques extraits musicaux :